
Surfboard fish, la planche courte et large qui relance les petites vagues
Le surfboard fish se reconnaît au premier coup d’œil : une planche courte, nettement plus large que la moyenne, avec une queue fendue en deux pointes qui évoque une nageoire. Ce modèle, apparu il y a plus d’un demi-siècle, n’a jamais disparu des racks parce qu’il répond à un problème que connaissent tous les surfeurs : une grande partie des sessions se déroulent dans des vagues petites, molles ou irrégulières, où une planche courte classique peine à prendre de la vitesse. Le fish relance ces vagues-là. Il a aussi ses limites, et les comprendre évite d’en attendre ce qu’il ne sait pas faire.
L’outline d’un surfboard fish : court, large et parallèle
L’outline, c’est-à-dire le contour de la planche vue de dessus, est la première signature du fish. La planche est courte, souvent plus courte de plusieurs pouces que la planche habituelle de son propriétaire, mais sa largeur maximale est importante et surtout elle se maintient loin vers l’arrière. Les bords sont relativement parallèles sur une grande partie de la longueur, ce qui place beaucoup de surface sous le surfeur.
Le nose, l’avant de la planche, est plus arrondi et plus large que celui d’une planche courte de performance. Le tail, l’arrière, reste large lui aussi avant de se terminer par la fameuse queue fendue. Cette répartition de la surface donne une planche qui flotte bien, qui part tôt dans la vague et qui conserve sa vitesse dans les sections plates.
En ordres de grandeur, un fish destiné à un adulte de gabarit moyen mesure souvent entre cinq pieds et demi et six pieds deux, pour une largeur qui dépasse fréquemment vingt pouces. Ces chiffres varient avec le poids, le niveau et l’usage, et ne constituent en aucun cas une règle : ils situent simplement le modèle par rapport à une planche courte classique, plus longue et plus étroite.
Cette compacité a une conséquence pratique souvent sous-estimée. Une planche courte et large se manie facilement au moment de passer la barre, se glisse sous la vague en canard sans trop d’effort et se transporte aisément. Le surfeur qui troque une planche plus longue contre un fish gagne en légèreté de manœuvre ce qu’il perd en glisse pure. C’est aussi pour cette raison que le modèle séduit les pratiquants qui voyagent ou qui disposent de peu de place pour ranger leur matériel.
La queue en swallow et le rocker plat

La queue en swallow tail, ou queue d’hirondelle, est l’élément le plus identifiable du fish. Elle consiste à creuser une encoche en V à l’arrière de la planche, ce qui crée deux pointes. L’intérêt est double. D’une part, la planche conserve de la largeur jusqu’au bout, donc de la portance. D’autre part, chacune des deux pointes se comporte comme un petit tail indépendant : lorsque le surfeur bascule sur un rail, la pointe correspondante s’enfonce et mord dans l’eau, ce qui facilite la courbe malgré la largeur.
La profondeur de l’encoche varie selon les shapers. Une encoche profonde accentue cet effet de double tail et rend la planche plus vive en virage, au prix d’un peu de tenue. Une encoche plus discrète donne une planche plus stable et plus prévisible.
Le rocker, c’est-à-dire la courbure de la planche de l’avant à l’arrière, est généralement assez plat sur un fish. Une planche plate glisse plus vite sur l’eau, ce qui est exactement ce que l’on cherche dans des vagues sans puissance. C’est aussi ce qui explique l’une des limites du modèle : dans une vague creuse et rapide, un rocker plat a tendance à enfourner, c’est-à-dire à piquer du nez au moment du départ.
Le dessous de la planche reçoit souvent des concaves, légers creux qui canalisent l’eau vers l’arrière et entre les dérives. Ils participent à la sensation de vitesse caractéristique du fish. Les rails sont fréquemment assez pleins vers l’avant, pour la stabilité, et plus fins vers l’arrière, pour la tenue.
Volume et dérives : les deux réglages qui changent tout
Le volume, exprimé en litres, mesure la quantité de mousse de la planche et donc sa flottaison. Un fish est en général plus volumineux qu’une planche courte de même longueur, puisqu’il est plus large et souvent un peu plus épais. Ce volume supplémentaire facilite la rame et le départ, deux atouts précieux dans les petites vagues. Il n’existe pas de formule figée pour déterminer le bon volume : le poids, le niveau, la condition physique et le type de vagues entrent en jeu, et les estimations publiées ne sont que des points de départ à discuter avec un shaper ou un vendeur compétent.
La configuration des dérives est l’autre grand réglage. Historiquement, le fish se surfe en twin keel, c’est-à-dire avec deux grandes dérives longues et basses placées près des rails, une dans chaque pointe de la queue. Cette configuration donne une planche très rapide et fluide, qui glisse en courbes larges. D’autres configurations se sont imposées depuis, chacune avec son caractère.
| Configuration | Nombre de dérives | Sensation dominante | Vagues adaptées |
|---|---|---|---|
| Twin keel | 2 dérives longues et basses | Vitesse, glisse, courbes amples | Petites vagues molles, déroulantes |
| Twin classique | 2 dérives plus hautes | Vivacité, relances rapides | Vagues petites à moyennes |
| Quad | 4 dérives | Vitesse et tenue dans la pente | Vagues moyennes, plus rapides |
| Twin plus stabilisateur | 2 dérives et une petite centrale | Contrôle accru, moins de dérapage | Conditions variées |
| Thruster | 3 dérives | Polyvalence, pivot plus serré | Vagues plus creuses, usage mixte |
Beaucoup de fish actuels sont équipés de boîtiers amovibles qui permettent de passer d’une configuration à l’autre. C’est une bonne façon de découvrir le modèle : commencer en twin pour ressentir sa glisse, puis essayer une configuration à quatre dérives quand les vagues prennent un peu de pente. La position exacte des dérives, mesurée depuis le tail et depuis les rails, relève du shape lui-même ; les étapes qui y mènent sont décrites dans notre article sur le shape surfboard étape par étape.
Pour quels surfeurs le fish se justifie

Le fish convient d’abord au surfeur intermédiaire qui surfe régulièrement des vagues modestes et qui trouve sa planche courte trop exigeante dans ces conditions. Il retrouve, avec un fish, des départs faciles, de la vitesse et des courbes qui s’enchaînent, sans renoncer à la sensation d’une planche courte sous les pieds. Pour beaucoup, c’est la planche des sessions ordinaires, celle qui sort le plus souvent.
Il convient aussi au surfeur expérimenté qui veut varier les sensations. Le fish se surfe différemment : on y privilégie les longues courbes tirées, la vitesse conservée dans les sections plates, un style plus fluide que vertical. C’est une planche d’appoint très appréciée dans un quiver, l’ensemble des planches qu’un surfeur possède pour couvrir différentes conditions.
Pour un débutant complet, la question est plus nuancée. Le fish flotte bien et part facilement, ce qui aide. Mais il reste une planche courte, moins stable qu’un longboard ou qu’un mini-malibu. Celui qui apprend à se lever sur la planche progressera souvent plus vite sur un modèle plus long, avant de passer au fish lorsque les bases sont acquises. Le dossier sur le shape d’un longboard détaille ce qui rend ces planches longues si tolérantes.
Les limites du fish dans le creux
Le fish n’est pas une planche universelle. Dans des vagues creuses, rapides et puissantes, ses qualités deviennent des défauts. Le rocker plat favorise l’enfournement au départ, la largeur rend les courbes serrées dans le creux plus difficiles, et la tenue des rails dans une pente verticale reste inférieure à celle d’une planche courte de performance, plus étroite et plus cintrée.
La largeur arrière, si utile dans les petites vagues, devient aussi un handicap à grande vitesse : la planche a tendance à décrocher ou à rebondir sur le clapot. Les surfeurs qui tentent de pousser un fish dans des conditions musclées le constatent rapidement. Dans ces vagues-là, mieux vaut une planche pensée pour elles.
Certains shapers proposent des fish dits hybrides, au rocker légèrement plus marqué à l’avant et à l’outline un peu plus pincé à l’arrière, pour repousser cette limite. Le compromis fonctionne dans une certaine mesure, mais chaque pas vers la planche courte de performance retire un peu de ce qui fait l’intérêt du fish dans les petites vagues. Il faut donc choisir l’usage principal avant de choisir les réglages.
Ces limites expliquent pourquoi le fish est rarement la seule planche d’un surfeur régulier. Il excelle dans une fenêtre de conditions précises, et cette fenêtre correspond à une bonne part des journées de surf sur les côtes françaises, ce qui suffit à justifier sa place.
Matériaux, prix et entretien d’un fish
Comme toute planche, un fish peut être fabriqué en mousse polyuréthane stratifiée à la résine polyester, ou en polystyrène expansé stratifié à la résine époxy, un couple plus léger et plus flottant. Le choix entre ces deux constructions influence le poids, la réactivité et la résistance aux chocs. Les différences entre les deux familles de mousse sont détaillées dans notre article consacré au pain de mousse pour le surf.
Côté budget, un surfboard fish neuf fabriqué sur mesure par un artisan se situe couramment entre six cents et un millier d’euros en France, selon la construction et la finition. Les modèles produits en série coûtent moins cher, et le marché de l’occasion offre de nombreuses opportunités, à condition de vérifier l’état de la stratification, l’absence de prise d’eau et la solidité des boîtiers de dérives.
L’entretien ne diffère pas de celui d’une autre planche : rinçage à l’eau douce, stockage à l’abri du soleil et de la chaleur, réparation rapide de la moindre fissure pour éviter que l’eau ne pénètre dans la mousse. Les deux pointes de la queue sont des zones exposées aux chocs ; elles méritent une attention particulière lors du transport et du rangement. Bien traité, un fish accompagne son propriétaire pendant de nombreuses saisons, et reste souvent la planche que l’on regrette le plus d’avoir revendue.